Marie Thérèse

Je suis née en 1938 à Paris. Me voilà devenue « sénior » et l’heureuse grand-mère de 6 petits enfants. J’en suis toute étonnée. La vie est passée si vite ! J’essaie d’aborder la vieillesse avec sérénité et optimisme malgré le corps qui se dégrade, la mémoire qui flanche, l’esprit qui ralentit…
Quand je regarde derrière moi je pense avoir eu de la chance et avoir pu choisir et construire ma vie.
Ça commençait pourtant mal : la guerre, mon père prisonnier, une longue année en province séparée des parents, les bombardements proches, la défense passive, la découverte des horreurs nazies, les cauchemars per¬sis¬¬tants… et malgré tout il me reste le sentiment d’avoir été protégée par une mère entrée en résistance et profondé¬ment courageuse et volontaire.
Ensuite arrivent les « 30 glorieuses » : tous les projets étaient possibles. Mes projets, toutes proportions gardées, j’ai pu les « investir », les construire comme des aventures et parfois des défis : les études et la formation professionnelle, le métier (enseignante spécialisée puis psychologue), la vie en couple, les trois enfants (l’accouche¬ment sans douleur aux Bluets, la pilule…), l’engagement syndical et politique, l’émancipation des femmes.
Ma vie en couple, en famille n’a pas toujours été « un long fleuve tranquil¬le » ! Il y a eu des conflits, des épreu¬ves… il a fallu accorder nos grandes différences. Nos projets communs, notre façon de faire équipe, nous ont permis de dépasser les difficultés.
Nos enfants ont toujours représenté (et représentent toujours) l’essentiel de nos choix de vie. Ils nous ont apporté et devenus parents à leur tour conti¬nuent de nous apporter des soucis certes, mais tellement de bonheur !
Nous avons cru et continuons de croire que le monde peut changer… en commençant par notre lieu de travail, notre ville…
Nous nous sommes battus, avons agi avec notre organisation syndicale et de parents d’élèves. Pour que l’école joue mieux son rôle en particulier auprès des enfants en difficulté, pour que les femmes accouchent sans douleur et que le père participe à la naissance de son enfant (contre l’Eglise catholique, de nombreux médecins, les mentali¬tés..), pour que les femmes choisissent leur maternité (la contraception long¬temps interdite fut une révolution)
Pour que hommes et femmes deviennent égaux (en 1964 on m’a demandé l’autorisation de mon mari pour ouvrir un livret A alors que je possédais un compte-chèque depuis longtemps !), politiquement pour la justice sociale, pour l’arrêt de la guerre et l’indépendance de l’Algérie.
Que dire aux jeunes ?
Sachez le prix de nos conquêtes, de nos victoires et prenez le relais… Construisez votre vie malgré la crise, les difficultés, les perspectives qui manquent… Battez-vous avec d’autres solidairement !
Je sais que nos enfants et nos petits-enfants nous prolongeront après notre disparition en réinventant une nouvelle manière de se battre, d’être des citoyens actifs.

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