Jacqueline

Née en 1924, j’ai toujours vécu à Bagnolet. J’ai eu une enfance très heureuse. Non qu’il y ait beaucoup d’argent dans la maison (nous vivions à 5 sur le petit salaire de mon père, ouvrier au « Gaz de Paris »), mais il y avait beaucoup d’amour.
Mon adolescence a été marquée par la guerre de 1939-1945, les privations, (nous ne mangions plus à notre faim) et aussi la « chape de plomb » de l’occupation nazie et du régime de collaboration de Pétain. C’est aussi adolescente, à 14 ans, que j’ai commencé à travailler, après le certificat d’études primaires. Malgré les études qui me plaisaient bien, je suis devenue ouvrière dans un petit atelier de maroquinerie.
Mon père était militant syndicaliste (CGT) et communiste. La répression s’est abattue sur lui, car malgré l’occupation il avait repris clandestinement ses activités syndicalistes et politiques. Il résistait à l’occupant et au régime de Pétain. Le 22 février 1941, il fut arrêté, interné à Chateaubriand et déporté en Allemagne à Mauthausen, un de ces « camps de la mort ».
A la Libération et à la fin de la guerre, nous avons appris qu’il ne reviendrait pas. Il était mort, là-bas des mauvais traitements qu’il avait subis.
J’avais 20 ans. Une rage folle. Contre cette terrible injustice : un homme si bon, si honnête, si droit … Mon père, « ils » l’avaient tué.
Je devais poursuivre son action. Aussi je me suis lancée à corps perdu dans les luttes pour la paix, les libertés, une vie meilleure pour tous …
J’étais de toutes les manifestations, les réunions, les délégations, auprès des pouvoirs publics et du patronat pour obtenir gain de cause.
Mon engagement était sans faille, avec le parti communiste et ses militants.
C’est ainsi que mes camarades m’ont choisie pour être élue municipale, pour devenir maire.
J’y suis restée pendant 27 ans. J’ai aussi été élue députée pendant 13 ans.
En 1947, j’ai épousé un homme qui avait été déporté à 16 ans, comme résistant communiste.
Notre entente a été parfaite. Il avait beaucoup souffert, il n’avait qu’une envie celle de vivre, de lutter pour
que de tels évènements ne se reproduisent pas.
Presque cinquante ans de mariage, deux enfants. Une vie de lutte permanente pour le bonheur des gens.
Mes idées de jeunesse ne m’ont jamais quitté. Comment le pourrais-je alors que tant d’injustices subsistent, tant de misère, de chômage, de petits salaires, de maigres retraites… Alors que tant de richesses sont accumulées entre les mains de quelques gens fortunés.
Jamais je n’ai baissé les bras. C’est ce que je m’efforce de dire à ceux que je rencontre : Résistez, battez-vous, ne restez pas indifférent à toutes ces injustices. La société ne sera pas toujours ce qu’elle est aujourd’hui. Une autre succédera au capitalisme. C’est le cours de l’histoire. Mais il faut se battre pour y arriver et le plus vite possible. Certes lutter n’est pas facile. Il faut du courage, de la ténacité. Il faut « aimer son prochain » et y croire. Mais que de satisfaction quand un petit bout de lutte est victorieuse et quelle fierté de soi quand on a passé sa vie à ne pas baisser les bras, à ne jamais renoncer.

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